La forêt avant le sommeil des neiges


Il vint une heure où le matin, vêtu de transparence,

déposa sur les bois son voile d’or assoupi,

et l’homme qui veillait depuis la nuit en silence

vit renaître un royaume que nul n’avait surpris.


La forêt s’éveillait sous des couronnes anciennes,

les chênes majestueux portaient des feux oubliés,

et leurs branches d’argent, silencieuses souveraines,

semblaient garder les mots que les siècles avaient scellés.


Sur les mousses endormies, perles de rosée claire,

reposaient les soupirs d’un automne finissant,

comme des larmes d’étoiles offertes à la terre

par un ciel fatigué de poursuivre son chemin.


Le vent avait fermé son livre de tempête,

ses grandes voix d’hiver s’étaient enfin retirées,

et la plaine recueillait dans sa paix secrète

les dernières chansons des feuilles abandonnées.


L’homme avançait lentement sous les voûtes végétales,

portant dans son regard la mémoire des saisons,

il cherchait dans la nature une écriture ancestrale,

un alphabet perdu au-delà des horizons.


Les houx versaient leurs ors sur les chemins de brume,

les branches retenaient leurs éclats de lumière,

et chaque grain tombé dans le silence posthume

semblait être un joyau confié à la poussière.


Plus loin, les sapins dressaient leurs silhouettes profondes,

comme des sentinelles aux frontières du froid,

annonçant que bientôt le sommeil couvrirait le monde

d’un manteau de cristal, de neige et de silence roi.


Mais l’hiver n’était pas encore maître du paysage,

l’automne respirait dans l’azur immobile,

comme un vieux souverain offrant son dernier hommage

avant de remettre son royaume fragile.


Alors l’homme comprit le langage des feuillages,

ce murmure discret que seuls les veilleurs entendent,

chaque fin porte en elle un invisible passage,

chaque chute prépare une naissance plus grande.


Il sortit son carnet, compagnon de ses années,

et grava doucement cette aube sans pareille,

car certaines beautés ne demandent qu’à être sauvées

avant que le temps lui-même ne ferme leurs merveilles.


Ainsi naquirent les mots de cette saison dernière,

nés entre deux royaumes, entre ombre et clarté,

lorsqu’un homme solitaire offrit à la terre entière

le dernier chant d’automne avant son éternité.

copyright © Régis- François. F - Les mots du dernier veilleur





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